Chapitre · Institutions
L'almamiyat : un État fédéral avant l'heure
« Le turban se noue à Fugumba, le pouvoir se tient à Timbo. »
Formule de tradition orale peule
L'État né du jihad des années 1725–1727 n'est pas une monarchie. Ce que les chroniques appellent l'almamiyat est une confédération de neuf provinces — les diwe — dont chacune garde ses chefs, ses lignages savants et sa fiscalité. L'almamy, élu par les ulama, ne gouverne directement que le diwal de Timbo.
Deux capitales, deux pouvoirs
La séparation est inscrite dans la géographie. Timbo est la capitale politique : l'almamy y réside, y lève ses contingents, y traite avec les puissances voisines. Fugumba est la capitale religieuse : c'est là que siège le conseil des anciens, là que se déroule l'intronisation — le chef local remet le bâton et l'épée, puis enroule le turban d'un tour par province.
Un almamy qui gouverne mal peut être rappelé à l'ordre par Fugumba, et l'histoire du XVIIIᵉ siècle est faite de ces rappels. C'est le trait le plus original de l'édifice : la légitimité et la force ne siègent pas au même endroit, et chacune limite l'autre.
Une magistrature, pas un trône
L'almamy est élu, pour un temps, parmi les lignages savants. La charge se transmet moins par le sang que par la reconnaissance des pairs — principe qui résistera mal, dès la fin du XVIIIᵉ siècle, à la rivalité des deux familles issues des fondateurs.
Cette architecture explique la longévité de l'État — près de deux siècles — et sa fragilité finale : une conquête pouvait n'avoir à défaire qu'une capitale, tandis que les provinces négociaient chacune pour son compte.
Sources
- Joseph E. Harris, The Kingdom of Fouta-Diallon (webFuuta) — conseil de Fugumba et cérémonie d'intronisation
- « Imamate of Futa Jallon », Wikipedia (en)
- Boubacar Barry, Senegambia and the Atlantic Slave Trade (Cambridge, 1998)